Hypnose et prise en charge des traumatisés du ski

IMG_20160319_130436

Hypnose et prise en charge des traumatisés du ski

25 Mar , 2016,
hypnoprogress
, , ,
one comments

On en parlait depuis un moment avec un ami pisteur, comment l’hypnose pourrait-elle s’introduire dans les secours sur les pistes des victimes d’accident de ski ? Alors on a essayé, voici un compte-rendu de cette journée avec les pisteurs secouristes de Chamrousse.

Etant pompier volontaire depuis quelques années, j’ai l’habitude d’intervenir sur des secours d’urgence. Sauf que d’habitude, je n’ai pas vraiment la possibilité d’essayer ce genre de prise en charge car mon rôle en intervention m’impose d’autres obligations (gestion de l’équipe, remontée d’informations, demande de renforts, …). Cette fois, je suis là en plus de l’équipe secouriste, juste pour la victime !

Nous avions rdv à 8h en bas des pistes, petit café, puis on monte dans le télécabine direction le poste de secours tout en haut de la station. Présentation à l’équipe de pisteurs du jour, je leur explique que je suis à leur disposition toute la journée, pour les assister dans les secours, avec pour objectifs de réconforter les victimes et diminuer la douleur.
Ils sont ouverts à cette expérience et m’accueillent très bien ! Pas le temps de mieux leur expliquer comment je compte intervenir, car la station ouvre dans 30 min et ils doivent ouvrir les pistes du domaine avant l’arrivée des clients.
Je pars avec Patrick pour l’assister dans cette mission, ça me permet de me refamiliariser avec mes skis que je n’ai pas chaussés depuis 2 ans !

10h30 environ, on est encore entrain de patrouiller sur les pistes lorsqu’on reçoit une première demande de secours : une jeune femme (appelons-la Carole) a fait une chute en snowboard et présente des signes de détresses neuro, un pisteur est déjà sur les lieux et demande des renforts en personnel et matériel, c’est pour nous !
On rejoint la victime quelques minutes plus tard, après avoir récupéré le matériel nécessaire. Un premier bilan a été réalisé, la victime ne présente pas de douleur particulière, mais ne se souvient pas de l’accident, est désorientée dans le temps et dans l’espace, et obnubilée (demande toutes les 30s où elle est et ce qu’il s’est passé).
Les pisteurs lui posent un collier cervical et l’immobilisent dans le matelas à dépression.
La victime est très angoissée et pleure. Patrick me demande d’intervenir. Je m’accroupis à coté d’elle, la regarde et lui prend la main.
Elle me demande ce qui se passe. « Bonjour Carole, je m’appelle Xavier, je suis là pour t’accompagner et te rendre le plus confortable possible les quelques minutes qu’on va passer ensemble. Tu as eu un accident de snowboard, tu étais casquée, je sais que tu ne t’en souviens pas, ça arrive souvent dans ce genre d’accident. Mes collègues viennent de t’installer dans un matelas qui te maintient en sécurité dans le traineau qui va te descendre en bas de la station, pour voir un médecin afin de s’assurer que tout va bien pour toi. Ton copain va te rejoindre dans quelques minutes, et moi je reste près de toi pendant toute la descente ».
Elle me repose la même question plusieurs fois, je lui réponds calmement à chaque fois.
On attaque la descente, je reste à proximité et on s’arrête à plusieurs reprises pour contrôler que ça va. Elle me repose la même question, je lui ré-explique.
On arrive finalement au lieu de convergence avec l’ambulance qui va l’emmener au cabinet médical. Elle me repose encore plusieurs fois la même question, je lui réponds toujours aussi calmement.
On la confie à l’ambulance, fin du secours.

=> bilan : difficulté à entretenir une conversation du fait que la victime oublie quasi instantanément ce qu’on vient de lui dire. Pas d’induction car le but est de la maintenir éveillée et qu’elle est déjà suffisamment confuse. En revanche, une bonne synchro semble l’apaiser et la réconforter.

13h30, demande de secours pour douleur à la hanche. A priori pas de déformation à la palpation, pas de signe de luxation non plus, le jeune homme estime sa douleur à 7/10 mais son non-verbal n’est pas très congruent. Peu importe, je vais tenter de faire en sorte que les pisteurs puissent le conditionner sans qu’il ait trop mal.
Je me place près de sa tête, lui demande de repenser à ses dernières vacances, et de me décrire ce qui lui a plu, les détails qui l’ont marqué, bref je pars avec lui au Canada ! Je fais un signe aux pisteurs pour qu’ils fassent le relevage, la victime a un peu mal mais c’est supportable.
Je lui explique que le matelas va se durcir autour de lui pour l’immobiliser, et qu’une fois immobilisé la douleur va naturellement s’atténuer pendant qu’il continue son voyage au Canada. (ratification + suggestion embusquée !).
Je laisse le pisteur descendre la victime seul car la douleur est supportable et qu’il y a d’autres secours en cours !

14h30, on arrive tout juste au poste de secours, je déchausse à peine et Patrick m’appelle : on a un genou sur la B12 de la 38, suis Gérard. Je rechausse et tente de rattraper le pisteur qui part en trombe devant moi, je le rejoins au départ d’un télésiège, et lui demande « On va sur quoi du coup, un genou ? ». Il me répond « ben non je remonte à l’autre poste de secours moi ». « Mais c’est pas toi Gérard ? ». « Non non moi c’est Ludo ». Merde, j’ai pas suivi le bon pisteur ! Tant pis, un coup pour rien, je remonte au poste de secours !

15h, une petite fille s’est coincée le doigt dans les barrières de contrôle de forfait d’un télésiège. A notre arrivée, elle pleure un peu, le doigt saigne un tout petit peu à la base de l’ongle, mais n’est à priori pas cassé. Plus de peur que de mal. Le pisteur la prend en charge, dissocie la douleur à l’aide d’une petite peluche prénommée « Tamalou », puis lui fait un pansement (à la petite fille et aussi à Tamalou).
Je n’aurais pas fait mieux !
=> bilan : les secouristes utilisent intuitivement des techniques « hypnotiques » avec les enfants. Je leur fait remarquer, et leur explique qu’on peut faire pareil avec les adultes (faut juste trouver autre chose que Tamalou avec les grands) !

16h, demande de secours pour un trauma de l’épaule dans le snowpark. Patrick : « j’aime pas ça les épaules, y’a rien de plus douloureux pour les victimes, c’est délicat comme secours ».
On arrive sur les lieux, belle luxation de l’épaule + suspicion fracture de l’humérus. Douleur à 9/10 à notre arrivée (soit t+5min de la chute). Cette fois le non verbal est vraiment congruent !
Le pisteur me présente à la victime et lui demande s’il veut essayer l’hypnose pour soulager la douleur.
Réponse immédiate : OUI ! Je m’assois du côté de son bras non lésé. Le jeune homme ne sent plus sa main et son avant bras, le pisteur me dit discrètement qu’il ne perçoit pas de pouls radial. Ce qui est plutôt inquiétant.
Je décide de m’en servir: « comment tu ne sens plus quand on te touche la main et jusqu’où ? »
« Heiiin ?! C’est tout engourdit, je sens plus rien jusqu’au milieu du bras » => suggestions verbales et non verbales (geste de la main le long du bras) pour que cette sensation se diffuse jusqu’à l’épaule.
Le pisteur s’apprête à immobiliser le membre. Je demande à la victime de me regarder, et de respirer profondément, je lui raconte je ne sais plus quoi, la manip du pisteur se déroule sans probème.
On le conditionne dans le traîneau, la douleur a chuté à 7/10, ce qui est positif car la douleur a plutôt tendance à augmenter avec la durée de l’intervention en général.
Avant qu’on entame la descente, je lui propose de se rappeler d’un moment particulièrement agréable, lors de ses dernières vacances. Je lui demande de me raconter comment s’était passée cette journée, et un maximum de petits détails qui peuvent l’y réassocier. On commence à descendre et je reste à proximité en lui demandant de me raconter à voix haute cette fameuse journée, je ne l’entends pas vraiment car je suis un peu éloigné du traîneau mais c’est pas grave, ça à l’air de bien se passer !
En bas de la station une ambulance l’attend. Il sera finalement médicalisé puis héliporté jusqu’au CHU de Grenoble.
Coup de fil dans la soirée du pisteur qui m’indique que le transport en hélico a été difficile car victime trés douloureuse, bien que médicalisée, alors que la descente en traîneau s’est plutôt bien passée.
=> Cool, ce qu’on a fait sur les pistes semble avoir été efficace, mais la prochaine fois je penserai à glisser qqs suggestions pour la suite de la prise en charge !

Une expérience à renouveler, avec en axe d’amélioration, un briefing plus approfondi des intervenants, pour qu’ils ne soient pas surpris lors des secours, et que leur communication aille dans le sens de mes suggestions !
Un grand merci à eux de m’avoir intégré durant cette journée.

Pour être tenu informé des prochains articles, vous pouvez suivre la page Facebook HypnoProgress.

1 Comment

  1. Isabelle mars 25, 2016 at 4:32 Reply

    Merci pour ce retour d’expérience!! ça donne envie d’aller pratiquer ailleurs qu’en cabinet bon sang!
    Au plaisir de te lire à nouveau,
    Isabelle A (Prat 2 Nice)

Leave A Comment